La communauté Baga ou peuple du littoral, possède une richesse qui garde ses secrets. Les sages Bagas révèlent que le masque Nimba s’appelle D’mba. Il a été sculpté pour la 1ère fois par vieux Ansoumane de Binari. Ce dernier était assis seul au bord du fleuve quand le masque sorti de l’eau. Il eut ainsi l’idée de le sculpter et de le présenter au peuple Bagas, tout en expliquant sa nécessité dans la société.

Les Bagas l’accueillirent à bras ouvert et l’adoptèrent. Dès lors, le masque devint leur identité culturelle. Le Baga et le masque D’mba appelé Nimba, furent une histoire d’amour infinie.

L’équipe de Guinée people était rendue dans le Bagataye (Contrée des Bagas) pour découvrir ce masque et ses fonctions mythiques dans la société Baga et la danse appropriée à ce masque.

« Le masque était présent dans tous les rites dans les villages Bagas (le mariage, la naissance d’un bébé, le début des travaux champêtres, la récolte du riz), on ne faisait rien sans le masque D’mba et ça, avait toujours des résultats positifs. » Nous a confié un sage Baga.

La danse du D’mba était la plus spectaculaire au monde. Elle offrait un plaisir visuel sans égal et les anciens s’en souviennent encore avec nostalgie.

« La danse du D’mba débute toujours par des pas de danses esquissés par un homme, avec son accoutrement de danseur du D’mba. L’homme est meneur de la danse. Il esquisse ses pas en se dirigeant vers la femme qu’il invite sur la piste de danse prédisposée à l’accompagner en lui signifiant qu’ils sont faits l’un à l’image de l’autre. Donc, ils sont pareils et qu’ils sont faits pour être ensemble toute leur vie, car leur présence autour du masque fait d’eux un couple fécond. Les gestes sont cadencés et ne se font jamais dans le désordre. Cette mise en scène du D’mba est exceptionnelle et ça touche les cœurs des spectateurs. Cette scène pleine de romance. » Nous explique un autre sage.

Le masque D’mba est aussi porteur de message d’amour entre les Hommes sans différence de race ni de religion. Les spécialistes de l’art africain s’accordent à considérer le masque massif de bois comme l’une des plus remarquables créations de la tradition sculpturale d’Afrique noire. Cet héritage sculptural et chorégraphique par sa magnificence, constitue un hommage à la grandeur d’âme et à la fierté ethnique.

En Janvier dernier, un 1er festival a été organisé à Kataco Sous-préfecture de Bintimodia dans la région de Boké pour valoriser le D’mba avec une grande mobilisation des communautés Bagas et d’autres invités à travers le pays.

« Je suis très heureuse de constater que les Bagas s’engagent à reprendre en main cette richesse culturelle. Il n’est jamais tard pour bien faire. Vous ne pouvez pas imaginer combien il est important de rebondir sur une telle œuvre. Les Bagas quand tu viens chez eux, ont le plaisir de t’offrir le masque, alors que d’autres le vendent excessivement cher. En Californie, il a été vendu aux enchères à près de 20 milliards de dollars l’unité. » Déclare Ali Gilbert Iffono, historien.

Le D’mba appelé pour sa fonctionnalité, le masque de la fécondité, représente l’idéalisation du rôle de la femme dans la société. Elle n’était tenue ni pour une divinité ni pour quelque autre pur esprit. Mais pour la femme au zénith de sa puissance, de sa beauté et de sa présence effective. Il est une mère qui a donné naissance à de nombreux enfants et qui les prépare à vivre un âge adulte fécond. Ses mamelles plates témoignent de l’abnégation avec laquelle, il a nourri ses enfants.

Ses cheveux sont tressés selon un schéma compliqué, rangés parallèlement et surmontés d’une haute crête médiane descendant jusqu’à la nuque. Le tout évoque les activités agricoles tracées des sillons, labourage, plantation (tâche particulièrement assumée par les femmes). Le visage, le cou et la poitrine, sont décorés de scarification symbolisant l’aptitude de l’espèce humaine à modifier sa condition et son cadre de vie en édifiant une société.

Ces valeurs du masque D’mba, la communauté Baga les cultivent et essaient de les partager à l’Homme pour rendre fécond toutes ces valeurs humaines qui peuvent aider les sociétés à mieux se développer mais aussi à prôner l’amour.

« Le masque D’mba aime qu’il y ait beaucoup d’enfants et il en donnait toujours. Les sorciers ne pouvaient oser toucher à ces enfants par peur de subir des sanctions farouches du D’mba. Moi que vous voyez là, on m’a aussi légué le pouvoir d’aider une femme d’avoir un enfant, de la même manière que les médecins font leur travail. Je m’y mets aussi à ma façon. C’est ce que nos ancêtres nous ont légué et le D’mba nous a toujours aidé. » Confirme Louise Henriette, l’une des vieilles conservatrices de la culture Baga.

Cette dernière a vécu au cœur des rites du masque Baga. Le masque D’mba ou masque de la fécondité que beaucoup de Guinéens utilisent pour le logo de leurs entreprises. Ne serait-elle pas une manière de confirmer qu’effectivement le masque D’mba ou Nimba, joue un grand rôle dans la vie de la société ? Rendre fécond leurs projets ?

 

Marie Angélique Bangoura

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