(Vidéo) “Esclavage des milices” Un jeune journaliste guinéen raconte son passage en Libye  

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Alpha Kaba jeune journaliste guinéen raconte sa vie de misère traversée en Libye avant de rejoindre la France dans un livre “Esclave des milices” sorti ce jeudi 07 Février 2019 .

Le jeune guinéen âgé de 30 ans, survivant de l’enfer libyen travaillait dans une station radio de Kankan en 2013 , étant un journaliste sportif, mais aussi politique dans l’émission au cours de laquelle les citoyens discutent des problèmes quotidiens dont dont sont confrontés les  guinéens et qui fâche parfois les autorités.

Dans le fief de l’actuel président, Kaba est accusé responsable des troubles qui accompagnent la visite du président à Kankan. Dont les militants sont envoyé pour détruire la radio qu’il animait; menacé de mort et se retrouve contraint de quitter le pays .

“On a simplement fait notre travail de journaliste ; fournir des informations au peuple, On se disait que ça allait se calmé mais ce n’était pas le cas. Je suis parti au Nord, chez un ami, pour ne pas mettre en danger mon foyer.” nous  confit-il.

Après sa fuite en Guinée (Kankan) , il tentera de rejoindre sa grande sœur en Guinée Bissau , pour sauver sa peau. Mais les choses ne passeront pas comme prévu. Il était obligé de prendre finalement la direction d’Alger, sous les conseils d’un journaliste algérien. Il se lie d’amitié avec un groupe de jeunes Africains vivant dans un squat . Ce sont eux qui prennent la décision de rejoindre la Libye :

“Je n’avais pas vraiment d’autre solution , J’étais seul et loin de chez moi. Mais je me suis jeté dans la gueule du loup.”

Arrivé en Libye,précisément à Bani Walid, il découvre le sort qu’on réserve aux “noirs”.

“Pour les Libyens, nous sommes une denrée rare. Un noir qui se promène dans la rue, c’est impossible car il est tout de suite capturé pour être revendu en tant que esclave.”

Séparé de ses deux amis sénégalais et gambiens, ses patrons le font travailler dans des plantations de dattes ou sur des chantiers. Torturé, il travail pour survivre et espérer un repas dans la journée. L’enfer va durer deux ans. Si le travail est mal fait, ce sont des coups de crosses dans la tête ou des balles tirées dans le pied qui servent de punition. Des sévices dont Alpha garde toujours la trace, sur sa peau.

Le 2 octobre 2016, ils sont environ 150 à embarquer, dont des femmes enceintes et des enfants. Pas de GPS. La seule indication qu’on leur donne pour rejoindre l’Europe est de suivre l’étoile du Nord.

“Quand je repense à tout ça, raconte-t-il depuis Bordeaux, je me dis que ce sont des hommes sans cœur. Je n’ai pas de haine pour une personne précise mais je me dis qu’ils sont sans cœur et ne méritent pas de vivre à notre époque. J’avais envie de me révolter mais je ne pouvais pas.  Mais depuis que je suis en France, ça va, je me dis que ce ne sont pas eux, ils ne sont pas conscients de ce qu’ils sont entrain de faire. Et s’ils devaient êtres conscients, eh bien, ce ne sont pas des êtres humains. Car vouloir exploiter ton prochain, un être qui a du sang qui circule dans ses veines, parce que vous n’êtes pas de la même couleur, c’est être mauvais.”

 

Avec peu d’espoir, le jeune guinéen est vendu à un nouveau acheteur à Sabratha, qui le promet de lui faire traverser la Méditerranée, mais à condition qu’il travail bien .

Apres un bon moment avec ce dernier, Alpha est autorisé à prendre la mer .

“C’est une bande bien organisée, confie-t-il. Ils sont soutenus. Je ne sais pas par qui, mais ils sont soutenus financièrement. La manière dont le zodiac est confectionné, les matériaux utilisés.”

 

“Je ne pensais plus. Je n’avais plus de salive dans la bouche tellement j’avais peur, se souvient-il avec douleur. On a prié, scandant« Allah wou akbar », les Chrétiens comme les Musulmans ou les athées. Tout le monde répétait « Allah wou akbar ». Nous étions abandonnés au milieu de la mer. Notre Zodiac s’est percé une heure avant que nous tombions sur l’Aquarius. Nous n’avions plus d’espoir. Même à un ennemi, je ne souhaiterais pas ce que j’ai vécu. ”

En pleine mer , à quelques kilomètres de l’Italie, leur embarcation coule. Ils lancent tous un appel au bateau venu les secourir, grâce au sifflet accroché à son gilet de sauvetage. C’est l’Aquarius qui le met en sécurité sur le sol italien, dont il passe une semaine avant de rejoindre la France.

Aujourd’hui, Alpha Kaba vit dans un studio qu’il partage avec son cousin, au cœur de Bordeaux.

Grâce aux ventes de son livre, Alpha espère pouvoir créer une association pour aider les migrants qui se trouvent encore en Libye. L’avenir semble s’éclaircir pour lui. Avec, toujours dans un coin de la tête, le journalisme. Jusqu’à rêver de pouvoir, un jour, peut-être, créer sa propre chaîne de télévision ou sa station de radio afin que la presse survive en Guinée.

GuinéePeople vous laisse écouter quelques extraits de cet aventure que notre confrère guinéen à glisser lors d’une interview.

Med Aly Keith

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