Cheick Oumar Sidimé, est un sculpteur Guinéen résident à Conakry. Issu d’une famille sculpteure originaire de Kankan, Sidimé comme on l’appelle, a par sa créativité, pu se faire un repère dans sa profession.

Il détient aujourd’hui un grand atelier de sculpture à Yimbaya Manguébounyi. Là-bas, on y trouve diverses œuvres artistiques faites à partir du ciment. A la rentrée de son chantier, les visiteurs sont frappés par une fabuleuse et séduisante exposition.

Rencontré par la rédaction de guinéepeople.com dans sa rubrique ‘’découverte’’, ce grand modeleur nous raconte sa vie professionnelle au cours d’une interview exclusive qu’il a bien voulu nous accorder. Chers lecteurs, lisez notre entretient !

Guinée People : Bonjour maitre Sidimé ! Dites-nous ce que représente la sculpture pour vous.

 ‘’La sculpture, c’est ma vie’’.

Guinée People : Comment votre carrière a débuté ?

‘’En faite, je viens d’une famille sculpteure. J’ai hérité ce travail de mon père. Nos grands-parents étaient des forgerons, nos pères sont venus avec la bijouterie. A un moment, ils ont abandonné cela, et ont commencé à faire la sculpture à l’aide du bois, puis avec l’ivoire. C’est ainsi que nous avons commencé avec le bois et l’ivoire. Mais avec l’interdiction de l’ivoire, nous sommes restés avec le bois. 

En Guinée, notre famille est reconnue dans la sculpture. Nous sommes dans plusieurs pays comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Mali, la Mauritanie… Nous faisons tous la même activité. Concernant mes études, j’ai commencé par l’école coranique avant de continuer un peu à l’école française. Mais la sculpture me dominait déjà parce qu’on se réveillait pour sculpter avant d’aller à l’école. Dès le retour, on se remettait au même travail. Les ainés nous obligeaient à rester dans l’atelier même si on ne savait rien faire. Cela a éveillé très tôt le goût de l’argent en nous, car on se faisait des bénéfices sur nos produits sculptés et bazardés. Nous nous permettions de « Faroter » devant les filles et de nous habiller correctement sans voler ni tricher. 

Finalement, j’ai abandonné l’école pour consacrer tout mon être à la sculpture. Au cours de ma carrière, je suis allé au Cameroun, j’y ai fait 16 ans. Là-bas, le métier de sculpteur était rare. Ensuite en Angola 18 ans, et dans les pays de la sous-région. J’avais une bonne clientèle et ma caisse ne se désemplissait jamais de sous.’’

Guinée People : Nous voyons de nombreuses expositions dans votre atelier. Dites-nous maitre, quels messages véhiculent vos différentes œuvres exposées ?

‘’Sachez une chose, aucune œuvre artistique ne reste sans communiquer. C’est çà d’ailleurs la vocation. L’éléphant avait une grande considération pour notre premier Président Sékou Touré. En Afrique, l’éléphant représente la force dans la sagesse, en plus l’intelligence. Et notre équipe nationale porte son nom en Soso “ Syli ”. Nous sommes sculpteurs, nous embellissons la ville. La statue de la femme qui verse de l’eau, représente nos braves épouses et filles battantes et courageuses dans les tâches ménagères. L’homme barbu qui a un régime de bananes, une chèvre et un pot de vin, représente nos voisins du sud, c’est-à-dire les forestiers. C’est un Guerzé qui a pour activité l’agriculture, et ses occupations font qu’il n’arrange pas ses barbes. Les Guerzés aiment généralement les chèvres. Cet autre homme qui a les bœufs, est du fouta. C’est un agriculteur et éleveur. La sculpture, c’est la créativité, le savoir-faire.’’

Guinée People : Les autres sculpteurs utilisent le bois, mais vous, vous utilisez le ciment et d’autres constituants. Pourquoi cette différence ?

‘’Pour toute activité il faut avoir de la créativité, de l’ingéniosité. C’est pourquoi j’ai commencé à utiliser le ciment et le fer. Avant, le bois marchait très bien surtout à l’arrivée des touristes. De nos jours, le tourisme n’est pas développé ici en Guinée. Mais puisque le monde subit des changements au cours de son évolution, c’est pourquoi j’utilise maintenant le ciment.’’

Guinée People : Alors quelles différences avez-vous constaté dans l’utilisation de ces deux matériaux ?

‘’Le Ciment est un nouvel outil pour nous. Avant on ne l’utilisait pas. Le travail du ciment est très difficile que le bois. Vous pouvez acheter un tronc de bois, le couper, le tailler avec les ciseaux, puis faire la finition et revendre. Par contre, pour le ciment, il faut l’acheter, acheter aussi le fer, le grillage, la colle etc. voyez-vous ? Et les dépenses sont énormes. Vous pouvez acheter un tronc de bois à soixante mille et obtenir deux ou trois pièces. Mais pour une pièce en ciment, il vous faut gaspiller dix à vingt sacs de ciments. 

Autre difficulté, les statues prennent beaucoup d’espace. Si vous n’avez pas votre propre local, vous êtes obligé de payer le loyer tandis que l’achat des statues n’est pas fréquent. Regardez cet éléphant ! ça fait trois ans qu’il est là, imaginez que ce soit un espace que j’avais loué, je serais obligé de payer tous les mois, çà je ne pourrai pas soutenir. Heureusement que nous avons notre place, c’est pourquoi nous travaillons dans l’aisance, nous exposons les œuvres jusqu’à l’arrivée d’un acheteur. En plus, les clients ne sont pas habitués à acheter le ciment. Pour un tel travail, il faut se préparer car ils disent que les prix sont chers, c’est pourquoi ils n’achètent pas tous les jours. Mais le jour où tu feras une vente, c’est vraiment un gain par rapport au bénéfice du bois.’’

Guinée People : Quelles œuvres avez-vous réalisées dans le pays ?

‘’Quand je suis rentré au pays, je suis passé dans les différents ministères avec mes albums pour avoir des marchés mais helas. Finalement je suis resté tranquille. C’est grâce aux différentes expositions présentes dans mon atelier, que les gens sont venus me contacter et j’ai eu des projets. J’ai fait une réalisation au Prima Center, au carrefour Constantin, à la base militaire de l’aviation, la tête du lion qui se trouve au camp carrefour de l’aéroport, aux carrefours Enco5 et T5, la statue qui se trouve dans l’enceinte de Koffi Annan, sont entre autres quelques unes de mes œuvres. 

À l’intérieur du pays, à Dalaba, Kouroussa et Kankan, j’ai fait des réalisations. Et je dois même me retourner à Kankan, car j’ai trois carrefours à aménager. D’autres également, viennent acheter et envoyer ailleurs.’’

Guinée People : Avez-vous une rentabilité satisfaisante dans la vente de vos œuvres ? 

‘’Le marché n’est pas régulier. Mais puisque c’est notre métier, c’est pourquoi nous tenons. Actuellement, la vente n’est pas abondante. Mais le jour où vous avez la chance de vendre une pièce, ça vaut le prix de dix pièces de bois. Dès fois nous recevons des commandes plus que les achats sur place. En plus, Il n’y a pas un prix fixe, c’est de l’artisanat. C’est également le marché africain. Nous estimons notre prix et l’acheteur propose le sien et nous en discutons pour tomber d’accord et faire le marché. 

Quel que soit le prix d’achat, vous aurez toujours un bénéfice. L’art en général et la sculpture en particulier, ne sont pas valorisés dans notre pays comme ailleurs.’’

Guinée People : Quel est votre état d’âme face à cette réalité ? 

‘’C’est vrai que notre travail n’est pas valorisé chez nous en Guinée comme au Sénégal par exemple. Mais cela ne m’empêche pas du tout de produire des œuvres. Dans toute chose, il faut être patriote. Aujourd’hui, si je suis en Guinée après toutes mes aventures, c’est par ce que j’aime mon pays. Certes, ma chance est en cours. Le peu de temps que j’ai vécu ici, me rassure un lendemain meilleur. Sinon j’ai eu des projets d’une durée d’un an ailleurs, mais j’ai cédé pour le contrat de Bambeto. 

J’ai fait des années à l’extérieur, jamais un jour, un média de ces lieux n’est venu m’interviewer. Je passais par les habitants de ces pays pour revendre les œuvres. Par contre ici, les médias guinéens s’intéressent à moi. Aujourd’hui, c’est guineepeople.com qui me rend visite. Les jeunes apprécient beaucoup ce site.’’

Guinée People : Quelle adresse lancez-vous à l’endroit de l’Etat et du ministère de tutelle ?

‘’Le message que j’ai pour l’État guinéen, c’est d’encourager les patriotes surtout dans leurs métiers. J’ai quitté l’extérieur pour être serviable à la Guinée. Il doit m’encourager, pas en me donnant de l’argent, mais plutôt m’accorder des projets afin que je les réalise. Car c’est dans ce travail que je gagne ma vie. Je tiens à ce métier puisse que ça rentre dans le développement du pays, à travers les œuvres artistiques que vous voyez exposées.

Dans d’autres pays, l’État fait des commandes et achète les œuvres. Cela n’est pas fréquent chez nous. Aucun ministre n’est venu nous encourager en achetant une de nos productions. Ils préfèrent aller acheter en Europe que de valoriser l’artisanat et les productions locaux.

Quand j’étais en Angola, lors que les gens vont pour acheter, ils me demandent d’abord si je suis Angolais avant de demander le prix. Finalement, j’étais avec un jeune angolais qui me cherchait le marché. Là je gagnais de l’argent, mais pas à ma présence. C’est le contraire chez nous. J’ai refusé le contrat de la Sierra-Leone qui s’élevait à cinq mille dollars à cause des travaux de mon pays. 

Nous avons plusieurs initiatives et nous devons approcher les jeunes qui souhaitent apprendre ce métier. Mais si le soutien gouvernemental n’est pas là, ce n’est pas encourageant.’’

Guinée People : Comment les gens peuvent vous joindre en cas de besoin ?

‘’Je suis à Conakry au quartier Yimbaya Manguébounyi. Mon téléphone est 00224-622-524-393.’’

Guinée People : Merci Monsieur Sidimé d’avoir répondu à nos questions.

‘’A moi de vous remercier pour l’intérêt que vous m’avez accordé.’’ 

 

 Interview réalisée par Kanté Mariam pour guineepeople.com

 

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